作曲 : Charles-François Gounod Rien! En vain j'interroge, en mon ardente veille, La nature et le Créateur; Pas une voix ne glisse à mon oreille Un mot consolateur! J'ai langui, triste et solitaire, Sans pouvoir briser le lien Oui m'attache encore à la terre! Je ne vois rien! Je ne sais rien! Le ciel pâlit! – Devant l'aube nouvelle La sombre nuit S'évanouit! Encore un jour! – encore un jour qui luit! O mort, quand viendras-tu m'abriter sous ton aile? Eh bien! puisque la mort me fuit, Pourquoi n'allé-je pas vers elle? Salut! ô mon dernier, matin! J'arrive sans terreur au terme du voyage; Et je suis, avec ce breuvage, Le seul maître de mon destin! Ah! Paresseuse fille Qui sommeille encor! Déjà le jour brille Sous son manteau d'or; Déjà l'oiseau chante Ses folles chansons; L'aube carressante Sourit aux moissons; Le ruisseau murmure, La fleur s'ouvre au jour, Toute la nature S'éveille à l'amour. Vains échos de la joie humaine, Passez, passez votre chemin! ... O coupe des aïeux, qui tant de fois fus pleine, Pourquoi trembles-tu dans ma main? Aux champs l'aurore nous rapelle! On voit à peine l'hirondelle, Oui vole et plonge d'un coup d'aile Dans la profondeur du ciel bleu! Le temps est beau! La terre est belle! Aux champs l'aurore nous rapelle! Beni soit Dieu! Dieu. Il se laisse retomber dans son fauteuil. Mais ce Dieu, que peut-il pour moi? Me rendra-t-il l'amour, la jeunesse et la foi? Maudites soyez vous, ô voluptés humaines! Maudites soient les chaînes Oui me font ramper ici-bas! Maudit soit tout ce qui nous leurre, Vain espoir qui passe avec l'heure, Rêves d'amour ou de combats! Maudit soit le bonheur, maudites la science, La prière et la foit! Maudite sois-tu, patience! A moi, Satan! à moi! Me voici! – D'où vient ta surprise? Ne suis-je pas mis à ta guise? L'épée au côté, la plume au chapeau, L'escarcelle pleine, un riche manteau Sur l'épaule; – en somme Un vrai gentilhomme! Eh bien! que me veux-tu, docteur! Parle, voyons! ... – Te fais-je peur? Non! Doutes-tu de ma puissance? Peut-être! Mets-la donc à l'épreuve! Va-t'en! Fi! c'est là ta reconnaissance! Apprends de moi qu'avec Satan L'on en doit user d'autre sorte, Et qu'il n'était pas besoin De l'appeler de si loin Pour le mettre ensuite à la porte! Et que peux-tu pour moi? Tout ... Mais dis-moi d'abord Ce que tu veux; – est-ce de l'or? Que ferai-je de la richesse? Bon, je vois où le bât te blesse! Tu veux la gloire? Plus encor! La puissance? Non! Je veux un trésor Qui les contient tous! ... Je veux la jeunesse! ... A moi les plaisirs, Les jeunes maîtresses! A moi leurs caresses! A moi leurs désirs! A moi l'énergie Des instincts puissants, Et la folle orgie Du cœur et des sens! Ardente jeunesse, A moi les désirs, A moi ton ivresse, A moi les plaisirs! Fort bien! Je puis contenter ton caprice. Et que te donnerai-je en retour? Presque rien! Ici, je suis à ton service, Mais là-bas, tu seras au mien! Là-bas? ... Là-bas .... Allons, signe! – Eh quoi! ta main tremble! Que faut-il pour te décider? La jeunesse t'appelle; ose la regarder! O merveille! Eh bien! que t'en semble? Donne! ... Allons donc! ... Prenant la coupe restée sur la table Et maintenant, Maître, c'est moi qui te convie A vider cette coupe où fume en bouillonnant Non plus la mort, non plus le poison; mais la vie! A toi, à toi, à toi, Fantôme adorable et charmant! Viens! Je la reverrai? Sans doute. Quand? Aujourd'hui. C'est bien! En route!